Ash-Shu'ara, « Les Poètes », est la vingt-sixième sourate — 227 versets révélés à La Mecque, plus que toute autre sourate sauf Al-Baqarah.1 Ses versets sont courts et sa structure presque musicale : sept histoires de prophètes racontées en parallèle, chacune s'achevant par les deux mêmes lignes.

De quoi il s'agit

La sourate s'ouvre sur le propre chagrin du Prophète ﷺ : « Il se peut que tu te consumes de chagrin parce qu’ils ne sont pas croyants ! » Allah pourrait envoyer un signe qui forcerait leurs nuques à s'incliner — « Si Nous voulions, Nous ferions descendre du ciel sur eux un prodige devant lequel leurs nuques resteront courbées » — mais une croyance ainsi contrainte serait sans valeur. À la place, la sourate désigne la terre : « N’ont-ils pas observé la Terre, combien Nous y avons fait pousser de couples généreux de toutes sortes ? », « Voilà bien là un signe ! Mais la plupart d’entre eux ne croient pas » — et : « Et ton Seigneur est en vérité Lui le Tout Puissant, le Très Miséricordieux ».2 Ces deux dernières lignes deviennent le refrain de la sourate, revenant huit fois, après chaque récit.

Comment elle se déploie

Musa vient en premier et le plus longuement. Il craint d'être traité de menteur, que sa langue lui fasse défaut, d'être tué pour l'homme qu'il a frappé dans sa jeunesse — « je crains donc qu’ils ne me tuent » — et il lui est dit : « Mais non ! Allez tous deux avec Nos signes. Nous serons avec vous et Nous écouterons ». Pharaon lui rappelle son éducation au palais — « élevé chez nous tout enfant » ; les magiciens croient et acceptent les menaces de Pharaon ; et la mer se fend, « chaque versant fut comme une énorme montagne ».3

Ibrahim demande à son peuple ce que peuvent leurs idoles — « Vous entendent-elles lorsque vous [les] invoquez ? » ; « Ou vous profitent-elles ? Ou vous nuisent-elles ? » — et répond par une description de son propre Seigneur : « Celui qui m’a créé, et c’est Lui qui me guide » ; « et c’est Lui qui me nourrit et me donne à boire » ; « et quand je suis malade, c’est Lui qui me guérit ». Il prie pour un jour : « le jour où ni les biens, ni les enfants ne seront d’aucune utilité », « sauf celui qui viendra à Allah avec un cœur sain ».4

Puis Nuh, Hud, Salih, Lut et Shu'ayb en succession rapide, chacun introduit de la même manière : « Ne craindrez-vous pas [Allah]? » ; « Je suis pour vous un messager digne de confiance » ; « Craignez Allah donc et obéissez-moi » ; « Et je ne vous demande pas de salaire pour cela ». Chacun affronte un tort différent : le peuple de 'Ad bâtissant des monuments sur chaque hauteur — « Bâtissez-vous par frivolité sur chaque colline un monument ? » ; Thamud en sécurité dans ses jardins et ses maisons taillées dans les montagnes — « Creusez-vous habilement des maisons dans les montagnes ? » ; le peuple de Lut délaissant les épouses que leur Seigneur a créées pour eux — « Et délaissez-vous les épouses que votre Seigneur a créées pour vous ? » ; et Madyan fraudant dans le commerce — « Donnez la pleine mesure et n’en faites rien perdre [aux gens] ! » ; « Et pesez avec une balance exacte ! »5

La dernière section se tourne vers le Coran lui-même : « Et ceci (le Coran), c’est le Seigneur de l’Univers qui l’a fait descendre » ; « l’Esprit fidèle est descendu avec cela » ; « en une langue arabe très claire ».6 Il est dit au Prophète ﷺ : « Et avertis les gens qui te sont les plus proches » ; « Et abaisse ton aile [sois bienveillant] pour les croyants qui te suivent ».7 Lorsque ceci fut révélé, il monta sur la colline de Safa et appela les clans de Quraysh par leur nom ; ils convinrent qu'il ne leur avait jamais dit un mensonge, et quand il les avertit, son oncle Abu Lahab le maudit.9 La sourate s'achève sur les poètes : « Et quant aux poètes, ce sont les égarés qui les suivent » ; « Ne vois-tu pas qu’ils divaguent dans chaque vallée » ; « et qu’ils disent ce qu’ils ne font pas ? » — sauf « excepté ceux qui croient et font de bonnes œuvres, qui invoquent souvent le nom d’Allah ».8

Thèmes principaux

Les signes ne forcent pas la foi. Le refrain le dit huit fois : le signe est là, « Mais la plupart d’entre eux ne croient pas ».

Un seul message, plusieurs peuples. Chaque prophète dit les mêmes mots, et chacun refuse tout salaire.

L'idolâtrie jointe à l'injustice. Le rejet d'Allah par chaque peuple va de pair avec un tort particulier — tyrannie, vanité, luxe, transgression sexuelle, fraude.

Un cœur sain. La prière d'Ibrahim nomme l'unique chose qui comptera au Dernier Jour.

Pourquoi c'est important

Ash-Shu'ara est l'une des démonstrations les plus claires de la manière dont le Coran use de la répétition : le même schéma, raconté sept fois, jusqu'à ce que l'auditeur y voie sa propre situation. Son portrait du Dieu d'Ibrahim — qui crée, guide, nourrit et guérit — et sa formule « un cœur sain » comptent parmi les passages les plus cités du Coran. Pour lire Ash-Shu'ara en arabe avec des traductions et la récitation, ouvrez-la sur Quran.com.