Si l'histoire d'Abu Bakr est celle d'une loyauté discrète, celle d'Umar ibn al-Khattab est celle d'un retournement spectaculaire — un homme qui voulut un jour faire taire le Prophète ﷺ par la force et devint plutôt le deuxième des califes bien-guidés, resté dans les mémoires pour une justice si exigeante qu'elle lui valut un titre bien à lui.

L'opposant devenu al-Faruq

Avant l'islam, Umar était connu à La Mecque comme grand, physiquement puissant, et farouchement attaché aux anciennes coutumes — l'un des opposants les plus véhéments de la nouvelle foi. Les récits biographiques traditionnels rapportent qu'aux alentours de 616 apr. J.-C., Umar partit armé avec l'intention de tuer le Prophète ﷺ, avant d'apprendre en chemin que sa propre sœur Fatimah et son mari avaient secrètement accepté l'islam. Il les affronta, frappa sa sœur de colère, puis fut saisi de remords en la voyant saigner et en l'entendant réciter une page du Coran qu'elle lisait en secret. Il demanda à voir le texte lui-même, en fut ému, et alla de là déclarer sa propre foi devant le Prophète ﷺ. L'épisode est relaté à travers les sources biographiques classiques, bien que — comme une grande part des détails précis de toute vie du VIIe siècle — il repose sur la force de la tradition de la sira plutôt que sur un unique hadith classé.346

La conversion d'Umar est retenue comme un tournant pour la petite communauté musulmane, qui pour la première fois put prier ouvertement à la Kaaba. Selon un hadith conservé dans Jami at-Tirmidhi, le Prophète ﷺ avait prié nommément pour exactement ce genre de renfort :

The Prophet ﷺ said, "O Allah, strengthen Islam with whichever of the two men is more beloved to You: Abu Jahl bin Hisham or Umar bin al-Khattab." And the more beloved of the two to Him was Umar. (anglais)

— Jami at-Tirmidhi 3681 (Hasan) (anglais)1

Pour la fermeté que cette nouvelle conviction apporta à la communauté, et pour sa réputation d'homme capable de distinguer le vrai du faux sans reculer devant les conséquences, il devint connu comme al-Faruq — « celui qui distingue [le vrai du faux] ». Il marierait plus tard sa fille Hafsa au Prophète ﷺ, faisant de lui, comme Abu Bakr, à la fois un compagnon et un beau-père du Prophète ﷺ.

Le califat : calendrier, trésor et expansion

Lorsque Abu Bakr agonisait en 634 apr. J.-C., il nomma Umar comme successeur, et la communauté accepta ce choix. Le califat de dix ans d'Umar (634-644 apr. J.-C.) transforma le jeune État musulman en quelque chose de plus proche d'un empire, bien qu'il continuât à vivre avec la même simplicité personnelle qu'auparavant.345 Sur le plan administratif, on lui attribue l'adoption du calendrier hégirien, comptant les années depuis la migration du Prophète ﷺ à Médine en 622 apr. J.-C., et l'établissement du bayt al-mal, un trésor public qui distribuait des allocations régulières aux musulmans — dont les veuves, les orphelins et les pauvres — financé par les revenus de l'État en expansion.345

Sur le plan militaire, le règne d'Umar connut la croissance territoriale la plus rapide de l'histoire islamique primitive. Les armées musulmanes brisèrent le contrôle byzantin sur la Syrie et la Palestine et mirent fin au règne perse sassanide en Irak et en Perse en l'espace de quelques années seulement, un rythme d'expansion décrit plus en détail dans Les califes bien-guidés.345

Jérusalem sans effusion de sang

Parmi les épisodes les mieux retenus du califat d'Umar figure la reddition de Jérusalem en 637 apr. J.-C. Plutôt que de prendre la ville par la force, Umar accepta sa reddition pacifique du patriarche byzantin Sophrone et, selon les récits traditionnels, se rendit personnellement dans la ville pour la recevoir. On se souvient qu'il garantit, dans un pacte écrit, la sécurité des résidents chrétiens de la ville, leurs biens et leurs églises, leur permettant de continuer à pratiquer leur foi sans être troublés. Invité à prier à l'intérieur de l'église du Saint-Sépulcre, Umar aurait décliné et prié dehors à la place, expliquant que s'il priait à l'intérieur, des musulmans plus tard pourraient utiliser ce précédent pour revendiquer l'église comme mosquée — un petit acte de retenue retenu comme un modèle des protections dues aux communautés non musulmanes sous domination musulmane.345 Cette histoire fait partie de la toile de fond du statut persistant de Jérusalem comme ville sainte partagée et disputée, bien que l'histoire plus complète de la ville dépasse le cadre de cet article.

Une justice qui n'épargnait personne

La réputation d'Umar pour une équité sans compromis devint proverbiale. Les récits traditionnels décrivent un calife qui parcourait les rues de Médine la nuit pour vérifier directement le bien-être de son peuple, qui se tenait lui-même et son propre foyer aux mêmes normes de responsabilité qu'il attendait de ses gouverneurs, et dont on rapportait qu'il disait que si même un mulet trébuchait sur les routes d'Irak, il craignait d'en être questionné devant Dieu. Plutôt que de s'appuyer sur une quelconque anecdote célèbre mais faiblement attestée pour illustrer ce point, il suffit de noter que cette réputation est l'un des traits les plus constamment rapportés d'Umar à travers la tradition biographique.346 Le Prophète ﷺ aurait loué le jugement d'Umar de son vivant :

The Prophet ﷺ said, "While (in a dream), I was standing by a well, drawing water from it. Abu Bakr and Umar came to me. Abu Bakr took the bucket... Then Ibn Al-Khattab took the bucket from Abu Bakr, and the bucket turned into a very large one in his hands. I had never seen such a mighty person amongst the people as him in performing such hard work. He drew so much water that the people drank to their satisfaction and watered their camels." (anglais)

— Sahih al-Bukhari 3676 (anglais)2

Le Prophète ﷺ expliqua le rêve comme se rapportant à la force d'Umar dans la gouvernance et dans le développement de la sunnah au bénéfice de la communauté élargie.

Assassinat et héritage

Umar fut assassiné en 644 apr. J.-C., poignardé alors qu'il dirigeait la prière de l'aube à Médine par Abu Lu'lu'ah, un esclave persan avec un grief personnel sans lien avec une quelconque conspiration politique organisée. Il mourut quelques jours plus tard, ayant désigné un conseil (shura) de six compagnons de premier plan pour choisir son successeur plutôt que d'en nommer un lui-même — un processus qui mena à la sélection d'Uthman ibn Affan.345 L'islam sunnite majoritaire se souvient d'Umar comme le calife sous lequel l'islam devint une véritable puissance mondiale sans perdre, dans sa propre personne du moins, l'humilité de ses origines — un héritage qui le place juste après Abu Bakr parmi les califes bien-guidés.

En résumé

La vie d'Umar ibn al-Khattab passa d'une hostilité ouverte à un service sans égal — le converti devenu al-Faruq, le calife qui bâtit les institutions d'un empire tout en vivant simplement, et le dirigeant dont l'entrée à Jérusalem reste retenue comme un modèle de retenue. Son histoire se poursuit directement dans celle d'Uthman ibn Affan, le compagnon qu'il aida à porter au pouvoir grâce à la shura qu'il établit avant sa mort.