Réponse courte. L'islam ne fait pas semblant que la souffrance n'existe pas. Le Coran appelle cette vie une épreuve, enseigne qu'une part de la sagesse de Dieu dépasse notre vue, et nous demande à la fois la patience et l'action contre l'injustice. Il offre un cadre pour le deuil — non une formule qui le dissout.

L'objection, dans toute sa force

C'est la question la plus ancienne et la plus difficile posée à toute foi. Si Dieu est tout-puissant, Il pourrait arrêter la souffrance ; s'Il est parfaitement bon, Il le voudrait. Pourtant des enfants meurent, des désastres frappent les innocents, et la cruauté demeure souvent impunie. Il ne suffit pas de pointer une souffrance qui enseigne une leçon — la forme la plus aiguë du problème est la souffrance gratuite : une douleur qui semble ne servir aucun but du tout. Une réponse honnête doit commencer par en admettre le poids.

L'islam ne traite pas cela comme une question à esquiver. Il y répond selon ses propres termes.

Le Coran appelle cette vie une épreuve

Le point de départ du Coran est que ce monde n'est pas censé être le paradis. C'est un terrain d'épreuve — un lieu où l'aisance et la difficulté sont pareillement les instruments d'un test :

« [Celui] qui a créé la mort et la vie afin de vous éprouver [et de savoir] qui de vous est le meilleur en œuvre… »

— Quran 67:2 (Muhammad Hamidullah)1

« Toute âme doit goûter la mort. Nous vous éprouverons par le mal et par le bien [à titre] de tentation. Et c'est à Nous que vous serez ramenés. »

— Quran 21:35 (Muhammad Hamidullah)3

Remarquez ce que cela recadre. La souffrance n'est pas la preuve que Dieu a oublié le monde, ni la preuve que le monde est dénué de sens. Elle est tissée dans le but même d'une vie comprise comme temporaire et redevable envers quelque chose au-delà d'elle-même.879 Cela se rattache aux six articles de la foi de l'islam, dont la croyance au Jour du Jugement, où l'on comprend que les comptes seront finalement rétablis.

Le Coran s'adresse ensuite directement à ceux au milieu de la perte — et sa réponse n'est pas un sermon mais une promesse :

« Très certainement, Nous vous éprouverons par un peu de peur, de faim et de diminution de biens, de personnes et de fruits. Et fais la bonne annonce aux endurants, ceux qui disent, quand un malheur les atteint : « Certes nous sommes à Allah, et c'est à Lui que nous retournerons. » Ceux-là reçoivent des bénédictions de leur Seigneur, ainsi que la miséricorde ; ceux-là sont les bien guidés. »

— Quran 2:155-157 (Muhammad Hamidullah)2

Une sagesse que nous ne pouvons pas toujours voir

Le Coran affronte aussi le bord le plus difficile du problème — la souffrance qui paraît insensée — avec l'un de ses récits les plus frappants. Dans la sourate al-Kahf, le prophète Moïse (paix sur lui) voyage avec un mystérieux serviteur vertueux de Dieu, connu dans la tradition comme al-Khidr, qui accomplit trois actes qui paraissent manifestement mauvais : il endommage le bateau d'une pauvre famille, il ôte la vie à un garçon, et il répare un mur dans une ville qui leur avait refusé l'hospitalité. Moïse proteste contre chaque acte comme une injustice. Ce n'est qu'à la fin qu'al-Khidr explique : le bateau fut endommagé pour le sauver d'un roi qui saisissait chaque embarcation en bon état ; le mur cachait un trésor appartenant à deux orphelins, gardé en sécurité jusqu'à leur majorité.

« Et quant au mur, il appartenait à deux garçons orphelins de la ville, et il y avait dessous un trésor à eux… Je ne l'ai d'ailleurs pas fait de mon propre chef. Voilà l'interprétation de ce que tu n'as pas pu endurer avec patience. »

— Quran 18:82 (Muhammad Hamidullah)4

Le propos de l'histoire n'est pas que chaque tragédie a une fin heureuse cachée. C'est une leçon sur les limites du point de vue humain : ce qui paraît de l'intérieur une pure perte peut faire partie d'un tableau plus large que nous ne sommes simplement pas en mesure de voir. L'islam demande au croyant de garder ouverte la possibilité d'une sagesse qui dépasse sa vue — sans jamais prétendre pouvoir la lire à la surface des événements.

Ce que l'islam demande en réponse

Ici, l'islam prend soin de dire deux choses à la fois, et de ne laisser ni l'une ni l'autre annuler la première.

La première est le sabr — la patience, ou l'endurance ferme. Ce n'est pas une résignation passive ni une exigence de ne rien ressentir. C'est la discipline de garder confiance en Dieu à travers la douleur. Le Prophète Muhammad ﷺ enseigna que l'épreuve elle-même n'est jamais gaspillée :

"No fatigue, nor disease, nor sorrow, nor sadness, nor hurt, nor distress befalls a Muslim, even a thorn's prick, but that Allah expiates some of his sins for it." (anglais)

— Sahih Muslim 2573 (anglais)5

La seconde est l'action contre l'injustice. La patience envers ses propres épreuves n'est jamais une licence pour tolérer la souffrance d'autrui. Là où la souffrance est causée par la cruauté humaine, l'oppression, ou la négligence, l'islam commande à ses adeptes d'y résister et d'y remédier — nourrir les affamés, défendre les lésés, et changer ce qui peut être changé. Le cadre de « l'épreuve » s'applique à la manière dont vous portez votre propre fardeau ; ce n'est jamais une excuse pour détourner le regard du fardeau de quelqu'un d'autre.

Le deuil est réel, et il est permis

Enfin, l'islam ne demande pas aux croyants de se cuirasser contre le chagrin. Quand le fils en bas âge du Prophète ﷺ, Ibrahim, était mourant, il pleura — et interrogé à ce sujet, il ne s'excusa pas de ses larmes :

"The eyes shed tears and the heart is grieved, and we will not say except what pleases our Lord. And indeed we are grieved by your separation, O Ibrahim." (anglais)

— Sahih al-Bukhari 1303 (anglais)6

Les larmes et la foi ne sont pas des opposés ici. Celui qui cadra toute la vie comme une épreuve pleura aussi au chevet de son enfant mourant. C'est le cœur honnête de la réponse de l'islam : il offre un cadre au sein duquel la souffrance a un sens et l'endurance a une récompense, mais il ne vous tend pas une formule qui fait cesser la douleur de faire mal. Le deuil n'est pas un échec de la foi. Cela fait partie de l'humain — et c'est permis.

En résumé

L'islam affronte directement le problème de la souffrance. Il appelle cette vie une épreuve, enseigne qu'une part de la sagesse de Dieu dépasse notre vue, et demande la patience dans nos propres épreuves aux côtés d'une action réelle contre la souffrance d'autrui. Ce qu'il offre est un cadre, non une formule — assez vaste pour contenir à la fois la confiance en Dieu et des larmes honnêtes. Pour en savoir plus sur la manière dont les musulmans comprennent la justice et la miséricorde de Dieu, voir Pourquoi un seul Dieu ?.